La dédicace : rencontrer un libraire

J’entame avec ce billet une série qui, je l’espère, donnera quelques pistes et astuces aux auteurs débutants.

Cela fait maintenant plus de 6 ans que j’ai la chance de partir régulièrement à la rencontre de mon lectorat.

Mais avant d’accéder au saint des saints, avant de se retrouver derrière la table, il faut avoir l’autorisation du libraire…

Qu’est-ce qu’un libraire ?

libraire

C’est un être qui fait peur. Si si ! À l’abri derrière un comptoir rutilant débordant de livres que vous n’avez jamais lus, il vous regarde pénétrer dans son antre avec un demi-sourire. Demi, parce qu’il est un peu commercial. Demi, parce qu’il aurait bien aimé avoir la paix entre une trentaine de minutes pour avoir le temps de vider ces cartons qu’un gros diffuseur vient de lui coller dans les pattes.

Le libraire, c’est celui qui connait tout sur tout les livres. Dans le fantasme collectif (et donc votre petit cerveau), il a tout lu et peut citer de mémoire, avec le numéro de la page, des paragraphes entiers de n’importe quel ouvrage. Vous êtes loin de vous imaginer qu’il reçoit des centaines de bouquins tous les mois, qu’il les range en lisant à peine leur titre (de toute façon il a un logiciel en ligne pour les retrouver !), et qu’il en bouquine tout juste deux par mois parce que le soir, épuisé, il s’endort au bout de deux pages.

Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le libraire tient à sa réputation. Il est souvent de bon conseil, d’ailleurs la dame qui entre juste derrière vous est allée directement lui demander un bon thriller. Comment fait-il ? Le libraire est curieux (ce qui est un bon point pour vous) même s’il demeure méfiant. Car s’il tient à sa réputation, il tient surtout à sa caisse enregistreuse. Je ne vous avais pas dit qu’il était un peu commercial ?

Comment approcher le libraire ?

guépard caché

Attention au libraire : il est dans son milieu naturel, si vous n’êtes pas un client, vous êtes un intrus ! Alors, déjà : souriez ! Il vous prendra encore pour quelques instants pour un client et conservera son demi-sourire. Jusqu’à ce que vous sortiez votre livre de sous votre manteau (ben oui, il pleut dehors !).

Là, le libraire vous aura immédiatement identifié comme un auteur ! Comment le sait-il ? Parce que, sous ses airs débordés, il connaît toutes les couvertures des livres qui peuplent (1) son magasin. Et votre couv’, là, elle ne lui dit rien !

D’ailleurs, vous avez plutôt intérêt à ce qu’elle lui parle, cette couverture, sinon, c’est pas gagné… Comment savoir si l’exemplaire plaît à un libraire ? Mise en situation…

Moi : « Bonjour, Monsieur le libraire ! » (avec un sourire à me péter les zygomatiques !)

Le libraire : « Ah ! Mme Carville  ! Heureux de vous revoir ! » (Oui, là, ça part plutôt bien, je le connais ce libraire !)

Moi : « Moi aussi ! Je viens vous voir parce que j’ai un nouveau bouquin et j’aimerais bien une date pour une dédicace chez vous… »

Le libraire : « Ah oui ? C’est quel genre ? »

Moi : « Un polar fantastique… Le voici d’ailleurs. » (Là, je lui tends mon livre pour qu’il le regarde)

Le libraire : « Super ! On va prendre date. » (Et il range MON livre sous SON comptoir… Hé ! Mais… Heu… Bon, ok…)

Bref, si le libraire sent que votre bouquin en vaut la peine, dites au revoir à votre exemplaire unique !aurevoirMalgré tout, restez humble. Facile : levez le nez et regardez les centaines de titres qui s’entassent sur les étagères. Voilà, vous êtes calmés, là ? Pour autant, prouvez au libraire que vous êtes un professionnel : expliquez-lui les différentes étapes de l’élaboration de votre livre, et si vous travaillez avec des professionnels, dites-le ! Il est toujours rassurant de savoir qu’un correcteur professionnel ou qu’un maquettiste qualifié s’est occupé de votre chef d’oeuvre.

Enfin, ne soyez pas à cheval sur les dates (non, on ne vous proposera pas la veille de Noël tout de suite, il y a quand même peu de chance !) : vous prendrez les dates que le libraire aura la gentillesse de vous proposer. À vous de faire bonne impression lors de la dédicace pour espérer avoir d’autres dates !

Quelques astuces

ordinateur2

Avant d’aller courir par monts et par vaux, aller toquer à la porte de votre libraire. Il vous connaît en tant que client et sera sans doute plus enclin à vous écouter en tant qu’auteur.

Ne cherchez pas des dédicaces trop loin de chez vous : ces journées sont fatigantes et, si vous les cumulez en plus de nombreux kilomètres, vous finirez par ne plus avoir envie d’aller signer vos livres.

Faites jouer votre réseau d’amis : chacun connaît un libraire en bas de chez lui, ou une librairie agréable qu’il fréquente. Faites-vous annoncer. Demander à vos amis de commander vos livres chez leur libraire. Ce dernier entendra donc parler de vous. Et si vos amis ont un peu de culot, ils peuvent même tenter de glisser à leur libraire qu’ils connaissent l’auteur…

Pour les grosses librairies, téléphonez avant pour demander les horaires de présence du chef de rayon. Tant que vous ne connaissez pas bien ces librairies-là, mieux vaut parler au Bon Dieu qu’à ses Saints. Lorsqu’on vous connaîtra mieux, vous pourrez vous permettre de demander des dates aux libraires avec qui vous aurez sympathisé.

Prochain article : préparer son bardas pour le grand jour.

 

(1) Spéciale dédicace à ma première lectrice, Sophie !

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7 réflexions sur “La dédicace : rencontrer un libraire

  1. L’écriture : voici une bonne façon de gérer ses émotions, positives comme négatives. Je viens d’aller jeter un œil sur votre blog et j’ai déjà bien aimé la petite astuce pour évacuer le stress le soir.
    Bon courage pour la phase d’écriture en 2015. Attention, l’écriture est souvent un phénomène addictif ! 😉

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  2. Je trouve vraiment réducteur votre billet! Ayant été une vingtaine d’années libraire, je lisais plus que vous le dites. Je pense qu’il serait bon de dissocier « vendeurs de livres » et « libraires »! Les logiciels sont une aide mais nullement l’essentiel du métier… La mémoire et le goût de la découverte font du libraire un passeur. De plus, heureusement que nous ne fions pas uniquement aux couvertures même si, désolé, mais certaines sont si ringardes que c’est déjà décourageant d’ouvrir le… livre. Un libraire curieux, c’est un pléonasme, regardera, voire lira le livre avant de proposer une signature à un auteur. Cela a un coût pour lui (envoi/retour) et il est logique qu’il gagne son argent, rien de bien naturel; aussi, s’il pense que sa clientèle ne sera pas intéressée par ce qu’a publié l’auteur, c’est rendre service à tout le monde de ne pas l’inviter. Bref, un libraire connaît sa clientèle, la fidélise, reste juste à avoir Le Livre qui corresponde aux attentes de son public.

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    • Ami libraire, il était évident qu’il fallait prendre au second degré mon allusion au peu de lecture des libraires (ce qui serait un comble, tout de même !). Je connais suffisamment de libraires pour savoir qu’ils lisent bien plus de livres que je ne pourrais en lire en deux vies (au moins !). Humour aussi, donc, quand je dis que les libraires s’endorment le soir au bout de quelques lignes, bien que j’en connaisse dont les journées sont si bien remplies à certains moments de l’année, qu’ils s’endorment effectivement très vite ! 🙂

      Pour les couvertures, vous dites vous-mêmes que certaines ne donnent pas envie d’ouvrir le livre. Là où moi, lecteur, je peux me permettre de « passer » mon tour devant les livres dont les couvertures ne me plaisent pas, il est vrai que vous devez vous, professionnel, les ouvrir pour vous faire une opinion. Et ensuite passer cette opinion à vos clients.
      Bref, je suis d’accord avec votre commentaire et pour réagir ainsi, bien qu’un peu vivement, vous devez être un bon libraire ! 🙂

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      • Je ne sais pas si j’ai été un « bon » libraire mais j’ai tenté de faire ce que je pouvais dans le cadre d’un travail/passion. La joie de trouver « une perle » dans la très grande production et malheureusement me dire que bien des livres de qualité me sont passés dans les mains sans que je puisse déceler la qualité. L’humilité étant d’accepter nos limites!!! Merci pour ce billet qui prend effectivement un autre sens avec vos précisions!

        Aimé par 2 people

  3. Pingback: La dédicace : rencontrer un libraire | jack & Liz

  4. Pingback: Libraires ouverts et librairies fermées | Mots et Cris par K. Carville

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